Le premier poème, « Février », a dès sa publication rencontré beaucoup de succès et a été mis en voix et en chanson par plusieurs artistes russes. Avec en filigrane deux références à Boris Pasternak, il expose magistralement ce qui se joue dans la Russie d’aujourd’hui et dans sa guerre menée contre l’Ukraine, ainsi que les menaces que l’humanité, par ses travers, fait peser de manière presque cyclique sur la paix et la liberté : la lâcheté, la délation, la bêtise, l’instrumentalisation de la peur, le fantasme de l’ordre, la fascination des masses, menant en fin de compte à sa propre déshumanisation.

Dehors l’hiver en train d’œuvrer,
Neige en tournis.
Tu t’es muré — mouche enfermée
Dans l’ambre — à vie.

Et tu te tais ; et elle, et moi ;
Et avec lui ;
Que l’ennemi n’entende pas,
Pire — l’ami.

En ordre ils vont mettre tout ça,
Le beau troupeau.
Bien sûr, « je ne l’ai pas lu, moi,
Mais j’ai mon mot1 ».

Et le démon sème l’effroi,
Ressort ses brutes.
Le temps est long, or revoilà
Février rude.

Les loups balaient le monde entier,
Leur peste court.
Reste donc mouche en février :
Aveugle et sourd.

Et qu’aucun mot qui te viendrait
Ne sonne humain,
Février. Sortons l’encre. Mais
Pour pleurer — rien2.

Février 2023

“La musique donne une âme à nos coeurs et des ailes à la pensée.”

~Platon