Parmi ses principaux poèmes anti-guerre :

  • Poème du grand-père (mai 2022) : un ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale apparaît à son petit-fils et lui demande de ne pas porter son portrait lors de la marche du « Régiment immortel », refusant que sa mémoire serve à justifier une nouvelle guerre.
  • Le poème sur le théâtre de Marioupol (2022) : écrit après le bombardement du théâtre de Marioupol, il évoque la tragédie des civils et la destruction causée par la guerre.
  • Les Poissons : poème publié en français par Desk Russie, où la guerre est évoquée à travers des images poétiques et symboliques.
  • L’obscurité viendra – pas de réveil : deux poèmes écrits alors qu’elle était emprisonnée, poursuivant sa dénonciation de la guerre et de la répression.

Si tu souhaites les lire en français, Desk Russie a publié plusieurs de ses traductions, notamment Poème du grand-père, Les Poissons et L’obscurité viendra – pas de réveil.

Je peux aussi te faire un résumé ou une analyse de chacun de ces poèmes.

analyse

Ces trois poèmes forment un ensemble très cohérent. Berkovitch ne décrit presque jamais directement les combats : elle montre surtout ce que la guerre fait à la mémoire, à la vérité et à la conscience humaine. Son écriture repose sur des symboles, l’ironie et des images très fortes.

1. Poème du grand-père (2022)

Contexte

Le poème est écrit quelques mois après le début de l’invasion de l’Ukraine. Il fait référence au « Régiment immortel », une marche où les Russes portent le portrait de leurs ancêtres ayant combattu le nazisme pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans le poème, le grand-père, ancien soldat, revient parler à son petit-fils. Il lui demande de ne pas utiliser son portrait pour soutenir une nouvelle guerre.

Analyse

Le poème oppose deux guerres :

  • la guerre contre le nazisme, présentée comme une lutte nécessaire ;
  • la guerre contre l’Ukraine, que le grand-père refuse de voir associée à son sacrifice.

La voix du grand-père possède une forte autorité morale. Ce n’est pas une opposante politique qui parle, mais un ancien combattant lui-même. Berkovitch inverse ainsi le discours officiel russe : ce sont les morts qui condamnent la guerre actuelle.

Le texte est construit autour de plusieurs thèmes :

  • la mémoire trahie : le souvenir des anciens combattants est utilisé comme instrument de propagande ;
  • la responsabilité individuelle : chacun doit choisir ce qu’il fait de cet héritage ;
  • la vérité historique : respecter les morts signifie aussi refuser que leur mémoire serve à justifier de nouvelles violences.

Le ton est sobre, presque intime. Cette retenue rend le poème particulièrement émouvant.


2. Les Poissons (2022)

Contexte

Le poème répond au bombardement du théâtre dramatique de Marioupol, où des centaines de civils s’étaient réfugiés. Après le drame, les autorités prorusses affirmèrent que l’odeur provenant des ruines venait de poissons stockés dans les sous-sols, et non des victimes. Berkovitch transforme cette affirmation en une fable poétique.

Analyse

Le début semble presque enfantin :

« Aimez-vous le théâtre autant que l’aiment les poissons ? »

Les poissons deviennent les véritables habitants du théâtre :

  • ils jouent,
  • travaillent,
  • vivent sous la scène,
  • remplacent progressivement les humains.

Puis le lecteur comprend que ces poissons représentent les morts.

Le poème fonctionne sur plusieurs niveaux.

1. Une satire du mensonge

Berkovitch prend au pied de la lettre l’explication officielle :

« Ce sont les poissons. »

Elle pousse cette absurdité jusqu’au bout, révélant ainsi toute son horreur.

2. Le théâtre comme symbole

Le théâtre représente la culture, la vie, la communauté humaine.

Le détruire revient à détruire une civilisation.

3. Les poissons comme passeurs

À la fin, les poissons accueillent les victimes dans un monde sous-marin paisible.

Ce n’est pas une image religieuse traditionnelle, mais une forme de consolation poétique.

Le dernier vers est particulièrement fort :

« Plus vivants que le sont certains généraux. »

Les morts conservent leur humanité ; ceux qui ont provoqué leur mort semblent, eux, moralement morts.


3. L’obscurité viendra – pas de réveil (2025)

Contexte

Ce poème est écrit depuis la colonie pénitentiaire où Berkovitch est emprisonnée. La guerre continue, mais la prison devient aussi un thème majeur.

Analyse

C’est probablement son poème le plus philosophique.

Dès les premiers vers, les personnages dorment :

  • ils ne parlent plus ;
  • ils ne prient plus ;
  • ils n’agissent plus.

Ce sommeil n’est pas naturel.

Il symbolise :

  • la fatigue morale ;
  • le traumatisme ;
  • l’impuissance.

L’image de l’eau traverse tout le texte.

L’eau peut évoquer :

  • les catastrophes de la guerre ;
  • l’oubli ;
  • la mort ;
  • le temps qui efface tout.

Mais personne n’est réellement mort.

Ils restent entre deux mondes :

  • ni vivants,
  • ni morts,
  • incapables d’avancer.

L’image de l’Arche de Noé est particulièrement importante.

Dans la Bible, l’Arche sauve ceux qui montent à bord.

Chez Berkovitch :

« L’arche est partie sans nous. »

Les personnages restent abandonnés.

Ils n’appartiennent plus à aucun camp :

« Ni de droite ni de gauche,
Ni d’aucun lieu. »

Cette absence d’appartenance peut évoquer la condition des prisonniers politiques, des exilés ou de tous ceux qui refusent la logique de la guerre.

Le dernier vers est paradoxal :

« Ni Dieu, ni le Diable, ni l’eau ne nous désuniraient. »

Malgré tout, demeure une solidarité humaine plus forte que la destruction.

Ce qui relie les trois poèmes

On retrouve plusieurs grands thèmes dans toute l’œuvre de Berkovitch :

  • La guerre détruit d’abord la vérité, avant de détruire les villes.
  • La mémoire est un devoir moral, mais elle peut être manipulée par le pouvoir.
  • Les morts parlent encore, souvent avec plus de dignité que les vivants.
  • L’ironie est une arme contre la propagande : Berkovitch ne répond pas aux mensonges par des slogans, mais en les poussant jusqu’à l’absurde.
  • La poésie devient un acte de résistance. Même emprisonnée, elle continue à écrire pour préserver une parole libre.

Ces textes rappellent, par leur sobriété et leur force morale, la tradition des grands poètes de la dissidence russe comme Anna Akhmatova ou Ossip Mandelstam : une poésie où chaque image porte une portée éthique autant qu’esthétique.

“La musique donne une âme à nos coeurs et des ailes à la pensée.”

~Platon