Le Juge — Accusée, dans quelles circonstances avez-vous décidé de traverser illégalement la frontière entre la Turquie et la République arabe syrienne et de pénétrer sur un territoire contrôlé par une organisation terroriste interdite en Russie ?

L’Accusée — C’était près de la ville de Batman. Les Kurdes l’appellent Êlih. Nous avons fait un long trajet en voiture. À l’intérieur, ça sentait l’essence, les poignées de toutes les portières étaient arrachées, deux femmes étaient assises à côté de moi, l’une d’entre elles avait un enfant qui s’était endormi sur ses genoux, fatigué de pleurer. La nuit est tombée. Le conducteur s’est arrêté, il a fait un signe de la main en direction d’un champ, il a dit d’aller par là. On n’y voyait rien, j’avais envie de faire pipi. L’enfant s’est remis à pleurer. Les grillons chantaient. Ma jupe s’accrochait aux ronces. J’avais peur de marcher sur un serpent. Pour chasser cette pensée, je répétais cette comptine : « Un deux trois, les petits soldats… » Vous connaissez ? Le conducteur avait dit que quelqu’un était chargé de venir nous chercher. C’est pour ça qu’en voyant les lumières, nous nous sommes réjouies. Mais c’était une patrouille kurde. Ils se sont mis à crier, ils nous ont ordonné de nous coucher par terre, nous poussaient du canon de leurs fusils ; je suis tombée et je me suis égratigné le visage. Puis nous avons été arrêtées.

Le Juge — Vous êtes partie en Syrie pour devenir terroriste ?

L’Accusée — Je suis partie pour me marier.

Le Juge — Avec qui ?

L’Accusée — Avec Finist. Avec Vlad. Avec Karim. Avec Nadir – je ne sais pas comment il s’appelle. Mais c’est mon promis, mon bonheur, mon clair faucon.

“La musique donne une âme à nos coeurs et des ailes à la pensée.”

~Platon